Femmes Inspirantes – Le Bar à Visage -Partie 1
L’univers du soin
Je rencontre aujourd’hui Dalila & Atika, fondatrices du Bar à Visage à Casablanca – Maroc, deux femmes dont la sensibilité, la précision et la douceur ont façonné ce lieu. Ensemble, nous revenons sur leur parcours, leur vision, et la manière dont elles ont construit un espace qui leur ressemble : intime, exigeant et profondément humain.
Comment votre relation au soin est-elle née ? Y a‑t‑il un moment fondateur où vous avez ressenti une attirance particulière envers l’univers des soins féminins ?
Dalila : Nous avons vécu, toutes les deux, un moment de clarté – un élan qui s’est révélé différemment pour chacune d’entre nous. Cet élan a permis à Atika d’entreprendre une reconversion professionnelle : elle a quitté la biologie pour embrasser l’esthétique, en se formant dans l’une des meilleures écoles à Casablanca. Pour ma part, j’avais fait carrière dans le conseil en industrie, ma reconversion a pris une autre direction, orientée vers le bien‑être au sens large et portée par une éthique profondément ancrée dans le bio et le naturel.
Très vite, il est apparu que la dimension relationnelle du soin n’avait rien à voir avec celle de l’industrie : elle est plus humaine, plus fine, plus féminine, loin des codes parfois rigides du corporate. Nous vivons avec nos clientes, partageant des moments de vie ; mariages, voyages, défis; dans une approche où le business n’est pas le seul enjeu.
L’accompagnement et les récits personnels occupent une place centrale, rendant cette relation intime, chaleureuse et profondément humaine.
Atika : Mon amour du soin s’est d’abord manifesté à travers la beauté, le maquillage et la cosmétologie. C’est ainsi que tout a commencé et que la transition entre mon domaine initial, la biologie, et l’esthétique s’est dessinée. Puis nos chemins, Dalila et moi, se sont croisés. Une passion commune pour le soin et pour la relation humaine est née, puis s’est affinée au sein du Bar à Visage.
Qu’est-ce qui vous a attirée vers le soin du visage, et comment l’idée de cette spécialisation s’est développée ?
Dalila : Le choix du soin du visage s’est imposé comme une évidence, porté par la volonté de se différencier dans le secteur du bien‑être à Casablanca et au Maroc plus généralement. Bien que de nombreux espaces existent, rares sont ceux qui allient le bio et le naturel avec le même niveau d’exigence et de cohérence que nous.
Tout se lit dans un visage : les années, la fatigue, le stress. C’est précisément cette conviction qui nous a amenées à nous consacrer exclusivement au soin du visage.
Cette spécialisation est aussi synonyme d’excellence. Depuis 2018, le nombre de soins réalisés, la diversité des types de peaux accompagnées et les retours de nos clientes témoignent de notre expérience et de notre savoir‑faire.
Quand une femme arrive chez vous, qu’est-ce que vous percevez en premier dans son visage et dans sa présence ?
Dalila : Lorsqu’une femme franchit la porte de l’institut, la première chose que j’observe est son regard, ses yeux.
Je ne réalise pas le soin, mais lorsque je suis présente à l’accueil, j’accorde une attention particulière à l’attitude de chaque cliente. Si je perçois une forme de fatigue émotionnelle, je privilégie un accueil chaleureux, un grand sourire, et je propose d’installer la cliente en cabine tout en lui offrant une boisson chaude, créant ainsi une atmosphère réconfortante.
À l’inverse, pour une cliente qui désire simplement bénéficier du soin sans établir de lien, j’adapte l’accueil et j’opte pour une approche efficace et courtoise, en respectant pleinement son besoin d’espace.
À travers cette manière d’accueillir, des liens se tissent naturellement. La cliente se sent chez elle, enveloppée d’une attention personnalisée qui participe à son bien‑être dès les premiers instants ou bénéficie, au contraire, de la discrétion qu’elle souhaite.
Atika : De mon côté, mon regard se porte directement sur la peau de la cliente. Au début, il m’arrivait de tenir compte de l’impression globale qui émanait d’elle, mais j’ai compris que cette dimension pouvait influencer le diagnostic.
Désormais, je m’attache uniquement à l’état réel de la peau : sa texture, sa luminosité, ses besoins du moment.
L’apparence générale ou l’énergie qu’une personne laisse transparaître ne déterminent pas nécessairement le soin le plus juste.
Mon expertise repose ainsi sur une observation précise et objective de la peau, afin de proposer le soin qui lui convient réellement, indépendamment de toute impression extérieure.
Comment décririez-vous votre philosophie du soin ?
Dalila : Au‑delà de la naturalité, du bio, du bon geste, de l’expertise et du choix juste du produit ; qui, pour nous, relèvent de l’évidence ; il y a surtout l’intention qu’Atika met dans chaque soin. Elle souhaite réellement apporter du bien à la cliente. Elle y met du cœur, sans attente, simplement parce que c’est sa manière d’exercer. Sa satisfaction, c’est ce moment où la cliente perçoit l’effet “waouh”, ce glow qui apparaît après une séance de soin ou une mise en beauté.
Il peut y avoir une légère déception lorsque la cliente exprime un retour très mesuré, voire un peu froid. Atika ne recherche pourtant aucune reconnaissance personnelle. Mais lorsqu’on met autant d’attention et de cœur dans un soin, il est naturel de vouloir s’assurer que la séance a réellement apporté du bien-être, que la cliente repart avec quelque chose de tangible pour elle. Nous restons néanmoins professionnelles : chaque femme a son caractère, sa manière d’être, sa façon d’exprimer ou de garder pour elle ce qu’elle ressent. Certaines clientes sont peu démonstratives, et pourtant elles reviennent, ou recommandent l’Institut à leurs proches. La satisfaction peut être expansive ou silencieuse ; elle se manifeste parfois moins par les mots que par la confiance renouvelée.
Il y a aussi l’éthique, une éthique très forte. Par exemple, lorsqu’une cliente reçoit une carte cadeau de 60 euros, nous lui proposons le soin qui lui convient réellement, même si celui‑ci coûte 70 ou 75 euros. Nous réduisons notre marge, mais nous le faisons et sans le dire.
De même, lorsqu’une cliente se présente avec une préférence pour un soin, souvent parmi les plus onéreux, mais que sa peau ne le permet pas (dans le cas d’une peau sensible, à titre d’exemple), nous l’orientons vers ce qui lui convient réellement, même si cela implique un soin moins coûteux.
Certains pourraient penser que nous évoluons dans un monde de “bisounours”. Ce n’est pas le cas. Pour nous, l’éthique n’a pas de prix. Faire les choses correctement, avec justesse et intégrité, apporte toujours du bien : à la cliente, à notre métier et à la relation que nous construisons.
Atika : Aussi, lorsque la demande initiale concerne un simple nettoyage, l’évaluation professionnelle peut révéler que la peau a besoin de soins complémentaires. Dans ce cas, nous adaptons le protocole pour lui apporter ce qui sera réellement bénéfique. Chez nous, la confiance accordée par la cliente guide chaque intervention, et la recherche du meilleur résultat demeure notre priorité absolue.
Votre gestuelle est votre signature. Qu’est-ce qui, selon vous, distingue un geste lambda d’un geste juste ?
Dalila : Un geste juste ne s’improvise pas. Il repose d’abord sur une formation solide, un background scientifique qui permet de comprendre la peau, ses réactions, ses besoins réels. Il repose aussi sur l’expérience, celle qui affine le toucher, la pression, le rythme, et qui apprend à lire ce que la peau dit sans mots.
Mais au‑delà de tout cela, il y a l’intention. Atika aime profondément ce qu’elle fait. Elle ne reproduit pas un protocole : elle réalise chaque geste pour faire du bien à la cliente, pour répondre à ce qu’elle vit, à ce qu’elle ressent, à ce que sa peau exprime. C’est cette combinaison – la rigueur de la formation, la précision du geste, et le plaisir sincère de soigner – qui transforme un geste lambda en un geste juste.
Le récit ne fait que commencer. La suite de cette rencontre se dévoilera dans la deuxième partie.